20 mai 2002
Interview Muse (2002)
Bêtes de scène!Rencontre avec Chris Wolstenholme, bassiste de Muse, alors que le groupe anglais allait sortir le Dvd live et le double album Hullabaloo. L'équipe d'Angleterre n'était pas encore éliminée du Mondial... Bref, le groupe avait tout pour être confiant.
Jonglant entre les matchs de l'équipe d'Angleterre à la Coupe du Monde de football et une promo intensive pour la sortie le 1er juillet de leur Dvd et du double Cd Live/B-Sides Hullabaloo, les Anglais de Muse ont eu du mal à se réveiller pour entamer leur 2ème journée de promo à Paris. C'est donc le bassiste Chris Wolstenholme, d'habitude en retrait derrière le charismatique et médiatique chanteur Mattew Bellamy, qui répond à nos questions. Une bonne occasion de faire connaissance avec le pilier rythmique de la formation.
Quand vous est venue l'idée d'enregistrer un live?
Chris Wolstenhom: "on a commencé à y réfléchir au milieu de l'année dernière. Beaucoup de groupes le font à la fin de leur carrière mais, nous, on a décidé de le faire plus tôt. On voulait faire quelque chose qui englobe nos 2 premiers albums car, sur cette tournée, on jouait des titres des 2 albums. On arrivait à la fin de l'année, à la fin de notre tournée pour Origin of Symmetry. Ça nous semblait sympa de tout mettre sur un même album et un Dvd. En plus, ça nous laissait le temps de nous concentrer sur notre nouvel opus. On ne pouvait pas imaginer rentrer directement en studio à la fin de la tournée comme on l'avait fait entre Showbiz et Origin Of Symmetry. On avait besoin de temps..."
Pourquoi avoir choisi Paris pour enregistrer ce live?
Chris Wolstenhom: "probablement parce que la France est le pays où on a vraiment explosé en premier. On avait joué au New Morning (Paris) devant une centaine de personnes et la salle était remplie à craquer. C'était incroyable de voir qu'autant de monde s'était déplacé alors qu'on avait même pas sorti notre 1er album. Très rapidement, on a joué dans des salles plus grandes et le public était tellement enthousiaste que ça en devenait dingue, notamment à Paris. On a donc pensé que ce serait une bonne idée de l'enregistrer ici, même si on a joué aussi dans d'autres Zénith... En plus, le concert de Paris était très sympa. Ça a été un peu bizarre pendant la journée, on était un peu stressé en pensant à toutes ces caméras qui nous attendaient, les dépenses que ça impliquait. On se disait que si on faisait une erreur, ça allait être un cauchemar. Mais, ça s'est très bien passé finalement. "
Il y a eu de grandes différences entre la dernière tournée et celle de Showbiz. Plus de lumières, plus d'effets, plus de vidéos... Est-ce que la mise en scène est quelque chose d'important pour vous?
Chris Wolstenhom: "oui. Quand vous jouez dans des petites salles, tout le monde est serré et tout le monde peut voir ce qui se passe. Mais quand les salles deviennent plus grandes, on est obligé de s'impliquer dans la mise en scène. Plein de gens au fond des salles ne voient pas grand chose car c'est trop grand. Il faut donc faire plus que simplement jouer. On travaille les jeux de lumière et les jeux de scènes pour que les gens en voient le plus possible. Si les gens paient, on doit s'arranger pour qu'ils puissent tout voir."
Vous dégagez beaucoup d'énergie sur scène mais quand on vous voit en dehors vous semblez être très calmes. Qu'est-ce qui se passe lorsque vous montez sur scène?
Chris Wolstenhom: "je ne sais pas en fait. Avant les concerts, on reste 5 minutes dans nos loges. On reste très calme. On est pas trop nerveux. Il y a juste un peu de tension avant d'entrer sur scène. Dès qu'on joue les premières notes, ça va car, sur scène, on fait ce qu'on veut. Il n'y aucune restriction. On se sent libre et ça dégage beaucoup d'émotions. Notre énergie vient de là, je pense."
Sur scène, vous semblez extrêmement à l'aise, un peu comme un groupe confirmé. D'où ça vient?
Chris Wolstenhom: "ça vient surtout du fait qu'on est ensemble depuis 8 ans. On avait 15 ans quand on a commencé Muse. On a grandit ensemble. Le groupe a grandit avec nous. On a appris beaucoup les uns des autres. Il y a une véritable alchimie au sein du groupe. Il y a beaucoup de formations où les musiciens ne s'entendent pas très bien. Quand, dans un groupe, tout va bien, ça se ressent forcément sur scène."
En tournée, vous êtes toujours tous les 3 ensemble. Est-ce que ça ne crée pas des tensions parfois?
Chris Wolstenhom: "non, ça nous rend plus fort. Passer beaucoup de temps ensemble n'est pas un problème, peut-être parce qu'on se connaît vraiment bien. On sent quand l'un de nous à besoin d'un peu de tranquillité ou, si on ne le voit pas, on n'a aucun problème pour se dire les choses en face."
Est-ce que, parfois, à force de jouer les mêmes chansons, vous ne ressentez pas une certaine lassitude pendant les tournées?
Chris Wolstenhom: "on essaie toujours de ne pas garder les mêmes titres tout le temps. On change pas mal nos sets. Si on joue trop une chanson, on la met de côté pendant un moment et on fait autre chose. A chaque concert, on essaie de faire 4 ou 5 nouvelles chansons. Ça nous permet de mettre des anciens titres de côté et, du coup, on ne joue pas assez longtemps le même set pour ressentir de la lassitude."
Vous allez donc jouer de nouveaux titres cet été dans les festivals?
Chris Wolstenhom: "oui. On doit jouer dans 2 ou 3 festivals cet été et on devrait y présenter 4 nouvelles chansons."
Vous allez rentrer directement en studio après vos apparitions dans des festivals cet été?
Chris Wolstenhom: "on va prendre quelques semaines pour faire un break et essayer d'enregistrer en octobre, novembre ou décembre. On a une maison à Londres où on peut répéter. On vit là-bas et on a plein de chansons à répéter. Pendant les festivals, on pourra déjà commencer à répéter car les festivals ont lieu en général le week end, ce qui nous laisse toute la semaine pour travailler des morceaux. On a vraiment envie de prendre notre temps cette fois."
Vous n'avez pas tourné aux Etats-Unis pour Origin Of Symmetry?
Chris Wolstenhom: "non, on attend encore un peu. On ira peut-être à la fin de l'année ou l'année prochaine mais on doit, avant tout, trouver le bon groupe avec qui tourner. C'est pour ça qu'on n'a pas sorti Origin Of Symmetry là-bas. Ça sert à rien de sortir un album, si on ne fait pas de concerts après. En plus, ça demande beaucoup de temps. Donc, pour le moment, on se concentre sur l'Europe et on a fait 5 ou 6 shows au Japon."
Ça change beaucoup de choses de jouer au Japon?
Chris Wolstenhom: "c'est très différent. Ce sont de vrais fanatiques. Nos fans japonais nous suivent partout mais sont très respectueux. Ils sont là quand on descend de l'avion, quand on le prend. Ils sont très enthousiastes, peut-être parce que peu de groupes occidentaux viennent leur rendre visite."
Est-ce que vous vous souvenez du 1er concert que vous avez fait ensemble?
Chris Wolstenhom: "c'était dans le cadre d'un concours entre groupes dans notre ville natale. On avait formé le groupe depuis 6 semaines et on avait fait une ou deux répétitions. On avait vu ces affiches sur les murs de la ville. On s'est inscrit et on a répété pour avoir 6 chansons de prêtes. On s'est retrouvé avec des groupes qui avaient beaucoup de technique, des groupes de funk qui ne faisaient que des reprises. On a bu de la bière. On a joué nos morceaux et une reprise de Nirvana, Tourette's. On a demandé à nos potes de monter sur scène, ce qui a foutu un peu le bordel! On a retourné la salle. On était là uniquement pour s'amuser et on a gagné le concours. C'est assez rigolo. On avait que 14 ou 15 ans à l'époque. C'était fabuleux. On écoutait Nirvana, les Smashing Pumpkins, Rage Against The Machine..."
Quel concert d'un autre artiste vous a le plus touché?
Chris Wolstenhom: "Brian Wilson des Beach Boys. Je suis allé le voir la semaine dernière et c'est le meilleur concert que j'ai jamais vu. Il n'arrive plus à chanter aussi bien qu'avant. Il a près de 65 ans maintenant. Mais son groupe était fabuleux. Il a fait 2 sets, d'abord tous ses classiques puis l'album Pet Sounds en entier et, pour finir, Good Vibrations. C'était un concert émouvant. J'écoute les Beach Boys depuis que j'ai 5 ans. C'est même la 1ère musique que j'ai écoutée. J'ai emmené ma petite amie et elle a adoré aussi. C'était tout simplement incroyable!"
Quand avez-vous enregistré les B-Sides qui figurent sur l'album?
Chris Wolstenhom: "les 1ères ont été écrites il y a 3 ans. Elles sont sorties sur les singles."
Si vous aviez écrit plein de chansons avant Origin Of Symmetry, pourquoi ne pas avoir fait un double album?
Chris Wolstenhom: "je ne pense pas que ça valait le coup de faire un double album. Parfois, un double album peut être une erreur à moins d'avoir 24 chansons géniales. Il vaut mieux un album plus court mais avec des chansons plus fortes. De toute façon, seulement 2 ou 3 des B-Sides ont été enregistrées en même temps qu'Origin Of Symmetry. Les autres titres ont été enregistrés pendant la tournée lorsque nous avions le temps de passer une demi-journée en studio. On a expérimenté des choses, essayé de faire des trucs différents sans avoir l'intention que ça figure sur un album. En Angleterre, lorsque tu sors un titre, il est disponible sous la forme de 2 singles. Chaque single est accompagné de 2 B-Sides qui sont différentes. Il faut donc avoir 4 B-Sides pour un single! On a voulu les rassembler sur un même disque car, en Europe, les gens achètent moins de singles qu'en Angleterre et ils ne connaissaient donc pas toutes ces chansons."
Sur le single Dead Star, extrait de Hullabaloo, pourquoi avoir fait une reprise de Can't Take My Eyes Off You?
Chris Wolstenhom: "on a fait un show télé en Angleterre appelé Recovered. Le principe est que tu dois jouer un de tes morceaux et une reprise que tu n'as jamais jouée avant. C'est une chanson typique de karaoké en Angleterre. Toutes les machines de karaoké ont cette chanson dans leur liste. Ça nous faisait marrer de la reprendre, c'est tellement éloigné de ce qu'on fait d'habitude... Sur Origin Of Symmetry, on avait repris Feeling Good après l'avoir joué sur Radio 1. L'ex de Mattew adorait cette chanson et n'arrêtait pas de la mettre à la maison. C'est étrange car les paroles de cette chanson sont très positives alors que la musique sonne un peu sombre. Elle s'intégrait bien au reste de l'album donc on l'a ajoutée. Pourtant, au départ, elle ne devait pas y figurer..."
Pensez-vous que le power trio est la formule idéale pour un groupe de rock?
Chris Wolstenhom: "ça dépend des groupes. Pour nous, c'est bien. On a déjà pensé à trouver un 4ème membre pour le piano mais Mattew en joue si bien... Sur le 1er album, il y a pas mal de titres avec le piano et la guitare en même temps. Pour le 2ème, on a essayé de faire des titres qu'avec la guitare ou qu'avec le piano ou, alors, éviter que les 2 soient joués en même temps. Mattew s'est beaucoup entraîné au piano et, donc, on a plus éprouvé le besoin de trouver un 4ème membre. A trois, on est obligé de travailler beaucoup car personne ne peut se cacher derrière un autre. Dans beaucoup de groupes, lorsqu'il y a 2 guitares, un des deux guitaristes est souvent très bon, le 2ème reste en retrait et le bassiste également. Dans un trio, tout le monde est sur le même pied d'égalité."
Vos concerts dégagent des atmosphères futuristes? Vous intéressez-vous à la science-fiction?
Chris Wolstenhom: "Mattew s'y intéresse pas mal. Il a lu beaucoup de livres sur la géométrie, la dimension de l'univers et sur les mathématiques. Ses paroles sont souvent influencées par ça..."
Comment gérez-vous votre popularité? Est-ce que ça ressemble à ce que vous imaginiez lorsque vous aviez 15 ans?
Chris Wolstenhom: "on n'a jamais pensé qu'un jour on en arriverait là. On peut se promener dans la rue, on ne nous reconnaît pas vraiment. Il n'y a aucun problème de ce côté-là. On évalue notre popularité uniquement pendant les concerts lorsqu'on joue devant des milliers de gens... C'est assez tranquille. On n'est pas la cible des tabloïds anglais car ils font leur beurre surtout avec les groupes pop. On ne va pas dans les soirées branchées car ça ne nous intéresse pas."
Vous sonnez souvent comme un groupe américain. Vous vous sentez plus proche de la scène rock américaine ou anglaise?
Chris Wolstenhom: "je ne sais pas. Nos racines rock viennent probablement des Etats-Unis. On écoutait beaucoup de groupes de là-bas, les Smashing Pumpkins, Rage Against The Machine. Quand on a commencé à jouer, la scène rock anglaise était merdique. Il y avait Oasis et Blur. Je n'ai rien contre eux mais ce n'est pas le genre de musique qu'on écoutait à l'époque. On a aussi pas mal d'influences classiques, ce qui a pu nous faire sonner un peu plus ambitieux que les autres groupes. En plus, la plupart des groupes anglais sont influencés par des groupes anglais et sonnent donc très anglais alors que, nous, on tire notre inspiration de plein de trucs différents."
Comment vous voyez-vous dans 10 ans?
Chris Wolstenhom: "je ne sais pas. Ce n'est pas très sain de se poser ce genre de question. Si on regarde trop loin, on risque de commencer à s'inquiéter de ce qui se passe en ce moment. On ne regarde jamais plus loin que le prochain album. On ne sait pas ce qui peut arriver dans les 10 années qui viennent. Qu'est-ce qui peut arriver dans nos vies, dans le groupe, dans la musique en général? On pense au studio, à l'enregistrement et à la prochaine tournée et, ensuite, on pensera à l'album d'après et ainsi de suite..."
Quel est le dernier groupe à vous avoir mis une claque?
Chris Wolstenhom: "je dirais The Hives. J'ai acheté leur album car mon fils, âgé de 3 ans, les avait vu à la télé et il adorait ce groupe. Je l'ai écouté et je me suis dit que c'était vraiment bien. Il y a aussi System Of A Down avec Toxicity. Cet album est l'un de mes préférés parce qu'il se démarque de la scène néo metal qui stagne un peu depuis 4 ans. Ce groupe porte le metal vers d'autres horizons. On a rencontré le chanteur il y a quelques semaines et on a beaucoup parlé de leurs influences arméniennes, russes et américaines. Je pense que c'est le meilleur album metal de ses 10 dernières années."
Propos recueillis par Mr Grieves
12:55 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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