05 juin 2002

Interview The Breeders (2002)

La renaissance!
Après 8 ans de silence, The Breeders revient sur le devant de la scène rock avec Kim Deal, sa soeur Kelley, trois nouveaux membres et l'album Title TK produit par Steve Albini. Rencontre avec l'ex-Pixies et son bassiste Mando Lopez...

8 ans ont passé depuis les dernières notes jouées en concert par les Breeders. Kim Deal a entre-temps monté les Amps avec qui elle a sorti un album mais, depuis 1995, plus de nouvelles. Evidemment, quand on apprend que le groupe fait son come back, on peut crier au coup médiatique ciblé sur les nostalgiques du rock américain du début des années 90, aficionados des Pixies ou de Nirvana. Mais il suffit de rencontrer Kim Deal et Mando Lopez pour que tous ces préjugés volent en éclat...

En 1994, vous avez dissout les Breeders...

Kim Deal: "non! Kelley a été arrêtée à cause de l'héroïne! Je n'ai rien dissout. Il y avait des convocations devant la cour, les avocats à voir... donc Kelley était très occupée et Josephine (bassiste) faisait ses trucs mais Jimmy (batteur) et moi, on continuait à jouer. On a donc fait le disque des Amps et, puis, on était coincé à attendre que les filles reviennent. Josephine n'est pas revenue..."

Vous savez pourquoi Josephine n'est pas revenue?

Kim Deal: "je ne sais pas. Elle était à New York et faisait autre chose. Je ne l'ai pas revue depuis la tournée des Amps en 1995. Je l'avais vue à Los Angeles. C'était bizarre car elle est venue à des concerts mais elle n'est jamais venue me voir..."

Après la tournée avec les Amps, qu'est-ce qui s'est passé?

Kim Deal: "j'ai essayé de trouver des gens avec qui jouer pendant 2 ans. Je continuais à écrire des chansons et à enregistrer dans mon propre studio. Je tournais en rond dans ma cave et j'ai décidé d'aller à New York. Mais, à la fin des années 90, c'était le règne du hip-hop et de Protools (un logiciel d'enregistrement numérique). Tous les ingénieurs du son utilisaient ce nouvel outil. Moi, je voulais enregistrer sur bande analogique. Lors des 1ers enregistrements, les ingénieurs du son avaient pris quelques-unes de mes parties de guitare et les avaient mises en boucle avec leurs ordinateurs. Quand j'ai entendu ça, j'ai dit aux types d'arrêter. Je n'allais pas laisser ces gars choisir les notes qui seraient sur l'album à ma place! Ça craint!"

Vous avez donc choisi de travailler avec Steve Albini déjà présent sur le 1er Breeders Pod et sur Surfer Rosa des Pixies?

Kim Deal: "oui. J'ai appris la batterie pour pouvoir tout jouer moi-même et puis, je suis allée voir Steve Albini pendant l'été 1999. Y'a 6 heures de route entre Dayton (Ohio), où j'habite, et Chicago, où sont ses studios. Mon père m'a conduite là-bas dans un pick-up et j'ai enregistré 3 chansons: The She, Forced To Drive et Too Alive. Ça sonnait bien et je voulais continuer seule. Mais je n'avais pas pensé à une chose: "si je finis ce disque, je n'aurai toujours pas de groupe". Il aurait fallu que j'engage des musiciens de studio et j'ai toujours été dans des groupes. Ça ne me ressemblait pas. J'aurais pu monter le Kim Deal Project (rires)..."

Comment avez-vous finalement rencontré vos nouveaux partenaires?

Kim Deal: "au moment où j'en avais assez d'enregistrer seule et je ne cherchais même plus des gens avec qui jouer, tellement ça me désespérait, je suis tombée sur ces types. C'était à New York en mars 2000."
Mando Lopez: "on était en tournée avec Fear. Après le concert, on voulait aller boire dans un bar. Notre manager, Kevin, nous a emmenés au Motor City à New York. Kim était là-bas avec des amis. C'est notre manager qui nous l'a dit. Moi, je voulais aller lui dire bonjour mais elle devait retourner dans un studio que tenaient ses amis. Il était 3h30 du matin. Le bar fermait à 4h00. On est donc allé avec Kim dans le studio pour prendre encore quelques bières."
Kim Deal: "donc, on s'est tous rassemblés dans une pièce et on a joué. A Los Angeles, si tu voulais jouer avec des gens, il fallait les payer! Je n'avais jamais vu ça!"

Quand avez-vous décidé de faire équipe ensemble?

Mando Lopez: "on s'est arrêté vers 5h00 et Kim nous a demandé: "qu'est-ce que vous faites après cette tournée?" On lui a répondu que notre chanteur était acteur à Los Angeles et qu'il avait d'autres projets. Donc, quand on reviendrait à Los Angeles, on rechercherait du boulot. En gros, on était disponible..."
Kim Deal: "Kelley nous a rejoint en juillet, on a rencontré notre batteur en novembre et on a enregistré tous ensemble chez Steve Albini en mars 2001. On a eu un batteur entre juillet et novembre mais sa mère est morte et il ne voulait pas partir en tournée."

Comment travaillez-vous en studio pour choisir les arrangements de chaque chanson? Par exemple, sur le début du 1er titre de l'album, il n'y a que le chant et la batterie...

Kim Deal: "à l'origine, Little Fury, devait n'être enregistré qu'avec le chant et la batterie. Mais, on a dit à Richard qu'il devrait essayer de jouer dessus et il a trouvé un truc sympa. Donc, on a changé d'avis en cours d'enregistrement. On garde ce qui sonne cool. On enregistre live puis on rajoute des choeurs et quelques notes en plus."
Mando Lopez: "on n'arrête pas d'essayer des idées différentes, tous ensemble en studio. On passe par 4 versions différentes avant d'en garder une définitive."

Vous avez passé combien de temps en studio?

Kim Deal: "on y est resté 2 mois tous ensemble puis j'ai continué à faire des modifications sur le mixage jusqu'en décembre 2001 chez Steve Albini. Avec Steve, ça prend plus de temps de refaire un mixage car il ne garde pas en mémoire ses réglages, peut-être pour les garder secrets. Donc, quand je lui demandais de baisser un peu ma voix, il disait: "Oh Kim, il faut que je recommence tout" et, finalement, je lui disais d'oublier ce que j'avais dit, sinon ça prendrait encore trop de temps..."

Ensuite, vous êtes partis en tournée aux Etats-Unis début 2002...

Kim Deal: "on a tourné dans des clubs et des salles plus grandes."
Mando Lopez: "tout était complet. C'était une très bonne tournée."
Kim Deal: "on avait tourné aussi pendant l'automne 2001 et on avait déjà presque toutes nos nouvelles chansons. A cette époque, je me suis posée des questions: "est-ce que les gens allaient venir?" Ça me faisait peur."
Mando Lopez: "il y avait des gens plutôt âgés et aussi des adolescents..."
Kim Deal: "et ils connaissaient déjà les paroles des nouvelles chansons grâce à Internet. C'était bizarre mais cool."

Vous n'avez d'ailleurs pas de site officiel.

Kim Deal: "non, je n'ai pas d'ordinateur. Mais quelqu'un s'occupe d'un site sur nous. Il s'amuse bien. Je crois qu'il s'appelle Ben. Ça s'appelle Noaloha. Ma soeur, par contre, a un site..."

Pourquoi avez-vous appeler votre album Title TK?

Kim Deal: "Title TK veut dire Title To Come (titre à venir). Dans le langage des journalistes, c'est très courant. Je trouvais ça drôle. J'y avais déjà pensé quand je travaillais sur The Last Splash mais on ne l'a pas gardé. Et année après année, voyant qu'aucun album des Breeders ne sortait, ça devenait de plus en plus drôle..."

Qu'est-ce qui vous inspire pour l'écriture de vos textes?

Kim Deal: "ça dépend... Ce sont des choses bien précises. Je n'associe pas des mots pour le plaisir comme peuvent le faire certains. Par exemple, pour Little Fury, c'est un couteau que tu peux acheter dans des boutiques et qui s'appelle "Fury". Je me baladais avec des B-Boys, bien ancrés dans le mode de vie hip-hop. Je crois qu'ils se prennent pour des gangsters ou quelque chose comme ça. Faut faire gaffe à ses affaires... Mais, en fait, ce couteau est tout petit. Il me l'a montré et je lui ai dit: "c'est ça, j'ai super peur!" D'où Little Fury pour se moquer un peu de lui...."

Vous allez maintenant continuer à jouer avec les Breeders?

Kim Deal: "oui, de toute façon, ils ne peuvent pas me quitter sinon je les tue! C'est comme la mafia!"

Propos recueillis par Mr Grieves

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